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Interview : Aymeric, chrétien, musicien et beatmaker professionnel

  • Photo du rédacteur: La Parole Chrétienne
    La Parole Chrétienne
  • 17 nov. 2020
  • 9 min de lecture





Le beatmaking est l'art de composer des beats, c'est à dire des morceaux de musique hip-hop, tels que rap ou RnB. Celui qui réalise le beatmaking est un concepteur rythmique ou beatmaker. Aymeric, de son nom d'artiste Ricky M Beats, jeune et chrétien, nous partage son expérience professionnelle dans ce domaine en tant que musicien compositeur et nous exprime son vécu.




1°) Bonjour Aymeric, peux-tu rapidement te présenter à nous ?


Je m'appelle Aymeric Romain, j'ai 26 ans, je suis d'origine guadeloupéenne, je suis pianiste, bassiste, ingénieur du son, compositeur, beatmaker et je réalise également du mixage. Je compose essentiellement de la musique hip-hop, mais aussi afro.


2°) Peux-tu nous décrire ton parcours de formation dans le domaine ?


J'ai commencé depuis tout petit avec mes parents, mon père jouait du saxophone, dans une petite fanfare en Guadeloupe, donc je l'accompagnais et ma mère aime chanter. J'écoutais beaucoup de musique quand j'étais petit. Puis j'ai commencé le piano à 14 ans en prenant des cours. Au lycée, j'étais dans un groupe avec des potes dans lequel je jouais du piano. J'ai fait une formation en piano classique avec un professeur qui nous préparait aux concours toute l'année. Ensuite, après mon bac je suis parti en Métropole en voulant devenir prof de musique, alors je me suis inscrit à une formation de musicologie au CNED* où j'ai pris mes premiers cours de basse que je jouais plus le dimanche à l'église. Durant la première année, j'ai voulais faire autre chose, donc j'ai cherché des métiers dans la musique. Un jour un ami à mon oncle m'a montré une vidéo de Ryan Leslie, ce que j'ai bien aimé chez lui c'est qu'il composait , il jouait ensuite du piano puis jouait à la basse, puis revenait au clavier et ça m'a passionné. Alors que j'étais au Havre, j'ai poursuivi en formation à l'ESRA à Paris (Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle) pour une formation à l'ISTS (Institut Supérieur des Techniques du son). Pour la troisième année j'ai choisi l'option "studio" qui m'a appris les bases du métier (studio, enregistrement, mixage, composition de musique de films). Je passais mes journées en studio, j'ai vraiment aimé cette formation. J'ai obtenu mon diplôme en 2015, puis je suis parti aux États-Unis pour une quatrième année optionnelle et pour être stagiaire dans un studio à New-York, le QUAD Reccording Studio. Puis je me suis retrouvé assistant d'ingénieur, puis ingénieur du son pendant un an. Après je suis retourné en France.


3°) Que tires-tu de ton expérience aux États-Unis ? Raconte-nous.


L'ouverture d'esprit est vraiment ce que j'ai retenu. J'ai vu dans un seul et même endroit plusieurs cultures, il n'y avait pas de barrières culturelles. Niveau musical, les américains ont le goût du risque, ils n'ont pas peur d'en prendre, ils sont formés comme ça, l'échec fait partie de leur formation. Là-bas ils apprennent, ils donnent ce qu'ils ont, montrent leurs techniques, ils prennent vraiment les gens sous leurs ailes. C'est plus dur de faire ta place en France à cause de la compétition, la peur de se faire dépasser. Ici je galère car tout est une question de contact contrairement à là-bas où on ne m'a jamais demandé mon CV ni ce que j'avais fait avant, ni ma formation, ils regardent ce que tu sais faire, alors qu'ici en France on regarde tes diplômes. Aux États-Unis ils peuvent vivre plus facilement de leur art.





4°) Tu es actuellement artiste professionnel. Comment et quand as-tu su que le domaine de la musique t'appelait ?


Quand j'ai vu Ryan Leslie, il touche vraiment à tout, c'est ce qui m'a plu, de pouvoir faire tout soi-même, faire de la guitare puis de la batterie, plus du clavier, toucher à plusieurs instruments.


5°) Quelle est ou quelles sont les expériences qui t'ont marquées dans ton parcours et/ou ton métier ?


Un des premiers stages que j'ai fait en studio DAVOUT, un grand studio en France qui faisait l'enregistrement d'orchestres symphoniques, il y avait de très grandes consoles de mixage, j'ai pu enregistré des orchestres symphoniques, c'est quelque chose de le voir à la télé mais autre chose de le vivre en vrai, tu ressens vraiment les instruments qui raisonnent en toi. Un mauvais souvenir marquant est quand j'étais en studio avec un ami à qui j'ai fait écouter une musique que j'avais réalisée, il faisait les mêmes études que moi en France, et il m'a "cassé" et vraiment "descendu", il n'y avait rien de constructif ni d'encourageant dans ce qu'il m'a dit.

Sinon côté États-Unis, ce qui m'a marqué c'est la rencontre avec les grands bassistes Victor Wooten et Daniel Wellington, le concert de Lecrae (chrétien rappeur) en mode VIP, je lui ai d'ailleurs donné une clé USB avec des beats (rires), et depuis je suis en contact avec son DJ Promote. Il y a eu le culte de Brooklyn Tabernacle où j'ai été voir leur chorale, et les voir est un rêve, de plus que dans mon église je chante avec la chorale des reprises de leur chants. Et puis il y a eu ma rencontre avec le grand musicien de Gospel William Mcdowell, les surprises de la venue d'artistes au studio QUAD, on ne savait pas quand ils venaient, c'était vraiment une surprise à chaque fois !

Ha oui, une autre mauvaise expérience est qu'à mon retour des États-Unis, je cherchais un boulot sur Paris, en premier lieu c'était un stage, j'ai passé donc l'entretien. Ils m'ont dit qu'ils faisaient de la variété non de la musique urbaine, donc ne m'ont pas retenus. En partant de l'entretien, ils me rappellent car un ingénieur a lu mon CV et vu que j'ai travaillé aux États-Unis. Ils m'ont demandé de revenir et l'ingénieur m'a promis de me prendre sous son aile : une promesse non tenue car il ne me parlait pas durant le travail. ils m'ont renvoyé sous un prétexte bizarre que j'étais trop dans la composition et pas assez dans la technique car c'est ce qu'ils recherchaient. C'était une excuse non valable.


6°) Le métier du beatmaking : quelles sont les avantages et inconvénients, les difficultés ? À quoi doit se préparer un chrétien pour ce milieu professionnel ?


Il n'y a pas d'horaires fixes pour les compositeurs, quand on commence à travailler on ne sait pas quand on finit, c'est un inconvénient pour une vie de famille. Les avantages c'est que tu crées quelque chose en partant de rien, tu partages ton art, ce que tu aimes. En termes de difficultés, faire sa place en France dans le milieu est dur, il faut tout le temps avoir de bons projets pour assurer ton salaire les mois suivants.

Pour un chrétien, il faut faire attention à l'orgueil, car en tant qu'artiste on est amené à être mis en lumière, faire des scènes, il faut vraiment faire la part des choses, prendre du recul, avoir la tête sur les épaules, garder l'humilité. Au niveau du rap, il y a la drogue, l'alcool, les filles, on est confronté à ça assez souvent. Le plus gros c'est rester humble car du jour au lendemain tu peux perdre ta carrière juste parce que tu as pris la grosse tête.


7°) La musique s'est beaucoup développée au sein de l'Église ces dernières années, aussi bien techniquement qu'au niveau de la variété, et de nombreuses controverses sont échangées concernant la musique hip-hop. En tant que chrétien, as-tu personnellement été confronté à des regards opposés concernant ton choix ? Si oui comment y as-tu fait face ?


Pour l'instant Je n'ai pas vraiment été confronté à cela bien que la musique en général est souvent considéré comme quelque chose du diable dans l'Église et le rap encore plus. Par contre je vais vraiment écouter d'un peu de tout, je ne m'enferme pas dans un style, une bulle ou une boîte et ce à quoi j'ai été plutôt confronté ce sont des questions du style "tiens tu es chrétien pourquoi tu écoutes si ou ça... ?" Alors que j'écoute ces musiques en restant intègre dans ma foi et avec mes limites, donc je n'écoute pas tout. Après Il n'y a pas que les paroles, il y a par exemple des musiques classiques pour lesquelles tu sens que le gars qui les a composées n'était pas tout seul, c'est à dire qu'il lutte dans son esprit avec quelque chose... d'un autre côté il y a des gars qui racontent vraiment leur vie, ce qu'ils ont vécu, il y a des textes vraiment de qualité. Quand j'écoute j'essaie vraiment de comprendre comment la personne à composé le son, je décortique. Maintenant il y a des personnes qui ne doivent pas écouter certaines choses par rapport à leur passé, mais l'interdisent malheureusement aux autres alors que c'est personnel.





8°) Techniquement parlant, il y a du besoin en postes au sein de l'Église au niveau du son et de la musique, comment y réponds-tu et avec quelles casquettes du métier?


Déjà je fais la différence entre le service à l'église et mon coté professionnel. Je fais parfois une pause au niveau professionnel car je n'ai plus d'inspiration ou pas envie et continue de servir à l'église. Sinon j'y fais de la basse, du piano, je chantais aussi à la chorale. Pour le confinement je fais l'enregistrement de la louange et le mixage chez moi. Ça m'arrive aussi de faire la sono. Je ne veux pas être catégorisé de compositeur chrétien, je suis chrétien et à côté compositeur. Ce qui m'attriste justement, est que ce n'est pas considéré comme un métier dans le milieu chrétien, ce qui peut avoir des conséquences sur la qualité du travail des chrétiens artistes en France. Je prends l'exemple du rappeur qui ouvre sa bible, prend des versets et les met sur la musique, ce qui fait que le rap des chrétiens est pauvre en France, d'autant plus qu'un non-croyant ne comprendra souvent pas ses textes. Il y en a vraiment peu qui se démarquent dans ce milieu.


9°) Parle-nous de tes dernières productions


Il y a quelques années j'ai sorti un album instrumental, à la base ce n'était pas censé être un album, c'était juste plein de petits morceaux. Ma femme qui était ma fiancé à l'époque, passait un concours et les musiques l'aidaient à se sentir en paix pour le passer. Chaque jour j'en composais une. Je les ai tous prises et les ai regroupés, pour appelé ensuite l'album Peace, c'est mon premier album solo. J'en ai eu plusieurs retours comme celui d'une amie qui faisait une crise d'angoisse dans sa voiture et a écouté l'album puis a été instantanément apaisée, j'ai eu pas mal de retours comme ça. Quand je joue au piano ça aide, ça apaise. Je lance mon logiciel, je joue quelque minutes et je regarde ce que ça donne.

Le morceau Closer To You, je l'ai appelé comme ça pour se rapprocher de Dieu, pour prier.

J'ai composé Letters pour proposer à un ami qui m'a dit que c'était bien, mais qu'on sentait que ce n'est pas joué par de vrais musiciens. Alors j'ai rajouté une batterie rap et est sortie les deux versions sur Spotify. Ça ne parle pas de quelque chose en particulier, j'avais juste vraiment l'image de lettres qui tombent, dans l'idée d'écrire une histoire.

Mon tout dernier projet, l'album Épilogue est avec Almeida un rappeur. On s'est rencontré sur facebook et avons échangé par SMS, appels, vidéos. Il enregistrait et m'envoyait le son, j'ai travaillé pendant un an avec lui. Pour cet album, j'ai tout composé, j'ai enregistré et mixé deux titres : Nala, un morceau que j'ai écrit pour nos femmes respectives, pour ce qu'elles sont dans nos vies où je suis en feat* avec lui et le morceau Vivaldi. Ce sont des morceaux qui parlent de notre histoire, de la musique, de notre vécu par rapport à la musique.


10°) Nous voyons clairement la passion dans tes compositions, de quoi t'inspires-tu pour produire ?


Je m'inspire d'autres compositions, de vidéos, d'autres beats makers, de youtube, de la vie, de mes émotions : parfois je vais créer des morceaux plus calmes, d'autres fois des morceaux plus agités.





11°) Pour finir, quel(s) conseil(s) peux-tu apporter à un jeune chrétien qui souhaite s'orienter dans le beatmaking ?


Savoir où est sa place. Nous ne sommes pas tous appelés à faire la même chose. Savoir d'abord ce que Dieu veut, ce que tu aimes, quel style veux-tu faire, ce que tu veux produire comme style musical, ce qui t'influence. Il faut se documenter, se former, il y a internet, le mimétisme qui aide beaucoup à progresser, il y a plein de tutos sur youtube pour capter comment les morceaux ont été faits. Essayer de chercher nous-même pour nous en sortir ça permet d'apprendre et comprendre comment fonctionnent les choses, mais il ne faut pas avoir peur de demander quand on ne sait pas faire, ça va beaucoup plus vite de demander. Il ne faut pas se comparer, on a toujours tendance en tant qu'être humain à se comparer, durant mon parcours ça m'a pénalisé. Tous les êtres humains se comparent et dans tout il y a toujours plus fort que nous, ça peut nous faire beaucoup de mal. Il faut essayer de se détacher de trop de conseils, les gens parlent beaucoup, donc savoir faire la différence entre les conseils qui vont t'aider à aller plus loin et les conseils "clichés" comme les "pourquoi tu ne fais pas si ou ça...?", s'en détacher par moment.



Pages internet Linktree d'Aymeric : Ricky M Beats


CNED* : Centre National d'Enseignement à Distance

Feat* : abréviation de "featuring" souvent utilisé dans l'industrie musicale, anglicisme signifiant "avec la contribution de", ou voulant parler de collaboration ou duo.


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