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Interview : elle nous parle de psychologie, d'art et de spiritualité. Marie-Lucienne, art-thérapeute

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    La Parole Chrétienne
  • 16 janv. 2021
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 févr. 2021





1°) Bonjour Marie-Lucienne, pouvez-vous rapidement vous présenter à nous ?

Je m'appelle Marie-Lucienne Théodose, j'ai 57 ans et je suis mère de trois jeunes adultes. J'ai eu un parcours artistique de base, j'ai exercé plusieurs types de métier et toujours en lien avec les arts. J'ai travaillé dans différentes structures, ai été animatrice dans le milieu de la culture, professeure de danse cardio sur step, sachant que j'ai aussi pratiqué la danse contemporaine. J'ai toujours peint, écrit et dansé donc tout naturellement j'ai pu m'orienter vers les métiers d'art et plus particulièrement le métier d'art-thérapeute pour lequel je suis diplômée. J'ai créé il y a quelques années Body's Connexions, une structure liée à la danse et au sport, avec une orientation spirituelle. Après ma formation d'art-thérapie, je me suis spécialisée en danse-thérapie. Ensuite, j'ai fondé Art-Vie-Up il y a un peu plus de deux ans et j'ai gardé les deux noms pour une même structure, avec deux orientations différentes.



2°) En quoi consiste exactement votre ou vos métiers ?


Body Connexion est plus spirituel, et ouvert à tous publics, c'est le Seigneur qui m'a conduite à ouvrir cela, pour encourager les frères et sœurs en Christ. Donc on prie, on médite la Bible, puis après, il y a un temps de connexion et un atelier de danse ensuite. Le Seigneur a pu agir au travers de beaucoup de gens comme ça.


Art-Vie-Up c'est l'art pour soigner, c'est aussi une structure plus professionnelle. Je m'occupe de maladies d'ordre psychique ou mental au travers de l'art, tel que l'écriture poétique, la danse, l'art pictural. Grâce à ma formation je vais sur d'autres terrains comme la psychologie, car c'est important que les gens se sentent rassurés par une personne expérimentée, diplômée, ils se sentent en sécurité quelque soit ce que vous proposez.





3°) Quel est justement votre parcours concret de formation pour ces domaines ?


Enfant j'ai toujours été attirée par l'art, notamment la danse à cause de ma culture d'origine, car j'ai vécu aux Antilles. J'ai commencé à écrire des textes poétiques entre 12 et 13 ans et cela ne m'a jamais quitté. Je me suis formée aux danses de chez moi et à la danse contemporaine. J'ai fait de la peinture également et cela ne m'a jamais quitté non plus, j'ai toujours combiné ces trois choses. Ensuite, je me suis mariée jeune et il a fallu me chercher un "vrai métier" selon ce qu'on disait. J'ai donc fait du secrétariat dans plusieurs structures. Et puis à une période où cela n'allait pas bien dans ma vie, j'ai vu la détresse quand j'ai travaillé en nettoyage ou en usine, une grande détresse chez les femmes que j'ai vu avec un autre regard. C'est là que je me suis dit "qu'est-ce que tu peux faire pour ces femmes ?" En même temps je me suis formée à l'animation pour créer des événements, j'ai fait des tables rondes, de l'animation radio, pour mettre en avant les gens et les aider.

D'autre part, il a fallu chercher Dieu autrement que la manière que j'avais apprise, ce qui m'a poussée encore plus loin dans ma relation avec Lui et en parallèle avec les gens. Cela a été une dualité et ce n'était pas évident de trouver la bonne posture à l'époque, c'est à dire d'être artiste et avoir un besoin d'aider avec les préceptes de Dieu. Il faut savoir que j'ai fait mon parcours avec mes enfants seule, j'ai vécu une perte de repère de position sociale, une période dure. Je me suis toujours gardée en tête cette phrase : "le Seigneur veut faire quelque chose de toi, trouve". J'ai été danseuse dans la louange et il y a eu quelque chose qui se passait en même temps dans ma vie spirituelle et professionnelle. Les gens étaient bien avec moi, spirituellement ils recevaient aussi des guérisons. Des personnes qui priaient pour moi me disaient fais-en un métier. J'ai donc cherché l'école pour obtenir un diplôme reconnu et je suis retournée en faculté. Depuis plus de 2 ans je suis alors diplômée en art-thérapie et psychologie. Mon cabinet est actuellement dans un espace santé, avec plusieurs professionnels.


4°) Comment vos patients sortent-ils de votre cabinet, quels expériences vivent-ils grâce à vos séances? De quelle manière leur quotidien est-il changé ou amélioré grâce à l'art-thérapie ?


Mes patients sont des enfants, adultes et seniors, des personnes soit orientées par un médecin ou un psychologue, ou qui viennent me voir pour des problèmes. À mon niveau je propose des actions, comme l'écriture poétique, permettant aux gens d'écrire ce qu'ils ressentent ou ce qu'ils ont envie de partager à un moment, ils écrivent autour de ce qu'ils veulent avec leurs mots. À partir de là, c'est en lien avec leur situation mentale et psychique à ce moment précis. Pour la danse, on partage un vécu et les patients dessinent ou écrivent au cours de la séance dansée. Puis, ils en ressortent avec quelque chose de positif qui est là. La danse fait du bien au corps mais à la tête aussi. Le fait de la poser en peinture c'est le must pour eux. Quand les gens partent ils emportent avec eux le souvenir de l'atelier, la peinture. Quand c'est collectif, ils me racontent comment ils ont vécu chez eux ce qu'ils ont appris de la séance. Souvent c'est en rapport avec les relations dans la famille, ou avec le corps, l'obésité, et le regard du corps autant chez les parents que les enfants, car on sait très bien comment cela peut être violent dans la société, notamment chez les enfants à l'école qui sont très méchants entre eux. Alors, avec l'art-thérapie, ils ont un autre regard sur eux car on travaille sur le regard que l'enfant peut poser sur son corps. Vous savez, les gens le sentent quand on a un problème d'estime de soi et en profitent, et j'aime bien en tant que thérapeute apporter un soutien aux gens.


Dans l'église, il y a ce regard là aussi qui est posé, celui venant des gens qui est péjoratif dans les assemblées. Il y a des gens qui me disent : "est ce que Dieu m'aime car les gens ne m'aiment pas ?" Le plus gros soucis est dans le regard des autres et c'est mon orientation professionnelle de travailler sur l'estime de soi, c'est à dire : "je suis une valeur ajoutée sur cette terre, si j'y suis c'est qu'il y a une raison."

Pour d'autres cas, je demande parfois aux mamans ce quelles ont ressenti quand elles ont vu pour la première fois leur enfant et c'est là que les larmes coulent. Les enfants se rappellent aussi des choses de leurs parents et les comportements qu'ils vont avoir sont en lien avec ça, tout prend sens après. On a aussi le cas de certaines mamans qui ne voyaient pas les conséquences des paroles sur leurs enfants, et des parents qui se rendent compte que l'enfant ne répondait pas à ce qu'ils voulaient qu'il soit. Il faut dénouer tout ça, il y a des parents qui ne se rendent pas compte des conséquences de leurs paroles à long terme. Certaines paroles peuvent laisser des traces et pendant longtemps. Je suis contente d'avoir repris mes études en psychologie car on parle dans ces cas là de l'inconscient.

J'ai envie d'aller plus loin encore dans les études et dans cette expertise là, pour expliquer tout ça dans des conférences, parce que même si on a de l'expérience de terrain, les diplômes apportent une légitimité.


5°) Quel est selon vous le lien entre le spirituel et l'art ?

C'est évident pour moi Dieu est créateur ! Quand on parle de création on parle de créativité. J'aime ce verset dans Actes 17.28 "car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l'être", car mouvement c'est aussi la danse, le fait de se mouvoir. L'être c'est toute cette essence en nous qui fait qu'on est ce qu'on est, que ce soit notre faciès, notre extérieur comme notre intérieur, on ne peut faire fi de dire que l'art n'est pas de Dieu. Quand on regarde la nature, ça c'est déjà de la créativité. Quand je regarde sur les chaînes de reportage ce que le Seigneur a fait, j'en pleure. Comment Dieu a pris son temps pour créer tout ça, un temps d'amour, car c'est de l'amour. Pour moi cette créativité là vient du cœur du Père sachant que c'est lui qui nous a créés. Il s'est dit "faisons l'homme à notre image", c'est à dire qu'il a fait tout ce que nous sommes en Lui. Pourquoi a-t-on besoin de laisser des traces de peinture ? Parce que ça vient du Père, on a eu ce besoin de magnifier Dieu qu'on le croit ou pas.

"Il y a un équilibre si parfait dans la nature que ça ne peut pas être un hasard" me disent mes amis purement scientifiques. "Cela ne servirait à rien qu'on n'y soit pas" me disent-ils. Ils reconnaissent qu'au-delà de cette beauté là de l'univers, il y a quelque chose. Il est normal donc que l'art soit spirituel. Moi qui travaille avec des enfants, je peux dire qu'ils sont dans ce questionnement eux aussi. Aujourd'hui, je ne peux pas percevoir autrement ce lien entre les deux.





6°) Voudriez-vous nous raconter votre rencontre avec Dieu ?


Alors là, c'est magnifique !! (rire). J'ai eu à un moment donné dans ma vie, un accident de la vie, il a fallu tout quitter derrière moi. J'étais en pleine recherche spirituelle autre que celle que j'ai reçue enfant. J'ai vu la main de Dieu dans tellement de circonstances. Je ne pouvais pas expliquer mais je sentais un autre appel. J'étais dans des soucis matériels et j'ai rencontré des chrétiens qui m'ont invité à un culte. Alors pendant que j'écoutais ce culte, je sens que je suis poussée à bouger. Sur le coup je ne comprenais pas ce qui se passait. À la fin du culte j'ai commencé à transpirer à grosses gouttes. Au moment où je m'étais mise à bouger, j'ai senti un appel, il a fallu un cheminement, mais Dieu m'a attiré à lui par le mouvement. Je lui ai déclaré ma flamme dans l'écriture. Le regard qu'il a posé sur moi pour moi a fait toute la différence, il valait tout, car il m'a montré qu'il acceptait tout ce que je rejetais chez moi, et par la suite je me suis acceptée tel qu'il le voulait. Il s'agissait aussi de réaliser que Dieu m'aime d'un amour immense, qu'on n'a pas besoin de faire des efforts pour être aimé. Je deviens parfaite en Lui, par cet amour.



7°) En parlant de Dieu, dans l'église locale, beaucoup de casquettes de métiers sont utilisées de manière puissante pour servir Dieu, bénir et faire grandir l'église. Il y a-t-il des casquettes de votre métier utilisées au sein de l'église locale ou autres événements de rassemblements ? Si oui, comment Dieu les a-t-il utilisées ?


Il les a utilisées plusieurs fois dans la danse de louange. Il y a eu aussi l'événement "bouge ta ville" dans lequel j'ai réalisé des chorégraphies avec ma fille. Chaque ville proposait des choses, nous on faisait un flash mob avec des bannières de toutes les couleurs. Je suis donc assez sollicitée sur le plan chorégraphique. Sinon j'écris des textes poétiques spirituels pour la louange qui peuvent être mis en musique aussi ou publiés en magazine chrétien.


8°) Quelles sont les difficultés rencontrées dans ce contexte, ainsi que celui du terrain de votre métier ?


Je dirais que les assemblées ne sont pas prêtes pour la partie art. Il y a du déni de l'art car pour elles cela n'a pas de sens, surtout la danse. On croit que c'est fait pour amuser, pour attirer l'attention à l'extérieur mais que ce n'est pas fait pour l'intérieur de l'église. En Europe les assemblées ne sont pas prêtes. Je sens qu'il y a beaucoup d'ambiguïté là-dedans. Il y en a qui ont peur de déplaire aux hommes donc préfèrent faire de la censure. Ils ont peur que la peinture devienne de l'idolâtrie, donc préfèrent tout freiner, bien que la peinture est une proclamation devant Dieu, cela a de la puissance, c'est prendre une position.

Pour la psychologie selon certaines églises, elle n'a rien à voir avec le spirituel, j'ai même entendu dire qu'un chrétien ne peut pas avoir de soucis sur le plan psychologique, ce qui est faux et le Seigneur met des personnes à disposition pour aider les gens, pour nous bénir. D'accord il fait des miracles mais il utilise des personnes expérimentées qui savent comment ça se passe dans la tête. Dieu ne soustrait pas la partie spirituelle simplement parce qu'une personne aide humainement et psychologiquement quelqu'un d'autre, non. Je connais des gens en grande souffrance dans les assemblées et parfois elles n'ont pas envie d'en parler dans l'église ou à un pasteur. Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas immunisés en disant que rien ne nous touche psychologiquement, car nous sommes encore sur cette terre.

Sur le plan professionnel, financièrement l'installation en cabinet est extrêmement coûteuse.

D'un autre côté, je suis la seule personne noire, on sent pour les gens qu'avant de venir me voir, ça "titille" un peu, on sent qu'il y a comme un malaise, ils ne savent pas comment se positionner avec moi. Je l'ai vécu aussi bien avec mes collègues que mes patients, ils sont surpris quand j'ouvre la porte du cabinet, mais je ne le prends pas mal, il y a un brassage ethnique. Mais si j'avais été ailleurs ça aurait été encore plus compliqué, j'aurais pris un cabinet seule, ça serait plus difficile. On sent que dans mon métier c'est compliqué pour les gens de voir une personne noire, je ne dis pas que c'est du racisme. Mais si je leur avais dit que j'étais la femme de ménage ça aurait été plus logique. Quand j'étais journaliste, j'ai croisé quelqu'un un jour qui m'a dit "olala je vous vois fatiguée, combien d'heures de ménage avez-vous fait ?"


9°) Parlez-nous de vos derniers événements et/ou réalisations artistiques


Le dernier événement nommé "quand l'art transforme mon confinement" était dans le restaurant le Mozaïk Café, de septembre à octobre 2020, et c'est une exposition de peinture et de textes poétiques. J'ai écrit autour du confinement pour ce événement, le texte "Le souffle" qui explique la peinture liée à cette exposition. J'y explique comment j'ai vécu le confinement et ce qui s'est passé à ce moment là.

Ensuite, le 8 mars (journée internationale des droits de la femme), il y a eu une exposition liée aux femmes, dans laquelle j'ai mis en avant Marie Marvin pour expliquer ce que les femmes sont capables de faire. Marie Marvin est une pionnière dans le sportif, elle a également ouvert la voie à beaucoup de femmes dans de nombreux domaines. J'ai fait tout un documentaire pour expliquer qui était cette femme. Il y avait aussi des peintures sur la valeur ajoutée des femmes.





10°) De quoi vous inspirez-vous pour vos œuvres artistiques ?


De tout ! Autant des événements comme d'un sujet qui me prend aux tripes, les séismes, les enfants, la nature, la crise, la danse, l'environnement, la valeur ajoutée de la femme, c'est à l'instant T ce qui me touche. Je m'inspire aussi de mon vécu, j'étais une enfant très effacée, très timide, une timidité maladive, aujourd'hui je suis une femme qui fait des meetings. Dieu nous donne des talents pour toucher l'autre, celui qui est à coté et qui a besoin d'être touché par quelque chose, et c'est là où le miracle se passe alors qu'on pense toujours qu'il faut faire des grandes choses pour toucher et voir une vie changer.


11°) Pour finir, que conseillerez-vous à un chrétien voulant se lancer dans une telle carrière ?


De la persévérance, de l'amour de l'autre, ce sont deux qualités qu'il faut avoir de base. L'amour c'est évident mais il faut demander à Dieu aussi la persévérance, ce sont deux qualité indissociables dans ce métier. Il faut également avoir les bonnes personnes qui vous encouragent, vous soutiennent.


Site internet de Marie-Lucienne :

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