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Interview : Maky, chrétien et danseur chorégraphe de la compagnie Kane

  • Photo du rédacteur: La Parole Chrétienne
    La Parole Chrétienne
  • 20 oct. 2020
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 nov. 2020


Quand on aborde le sujet de la danse dans le milieu chrétien, on l'assimile souvent, et de manière évidente, à un talent rattaché à un "ministère". Mais cet art du mouvement est (et aussi) un métier exercé par certains, et c'est le cas de Maky, danseur professionnel et chorégraphe, un jeune homme ambitieux et rempli d'énergie, qui en a fait le choix depuis des années.



Photo : Guillaume Héraud


Bonjour Maky, peux-tu rapidement te présenter à nous ?


Je m'appelle Maky Grochain, je suis originaire de la Nouvelle-Calédonie, j'ai 25 ans et je vis en France depuis 4 ans et demi. J'y suis pour une formation de danse à l'Institut des Beaux Arts de Toulouse, pour devenir professeur de danse contemporaine. Je suis également chorégraphe de la compagnie Kane créée en 2018 avec un premier spectacle nommé "instant présent". J'ai continué à y travailler avec Dosh, mon partenaire originaire lui aussi de la Nouvelle-Calédonie.


Tu es actuellement danseur professionnel, explique nous quand t'est venue l'idée de danser, et pourquoi ? Quel est ton parcours ?


C'est ma mère qui m'a initié à la danse tchap, danse traditionnelle de la Nouvelle-Calédonie, donc j'ai baigné dans ça et avais des facilités par rapport à la culture, donc c'était automatique : "bam"! J'ai commencé donc en primaire par la danse traditionnelle, puis j'ai poursuivi en hip-hop qui était une tendance du quartier au pays. Puis il y a eu le krump, une danse dans laquelle je me reconnaissais particulièrement par rapport à la culture Kanak de la Nouvelle-Calédonie, c'est une danse forte ! J'ai fait mon chemin dans le milieu urbain et n'ai jamais pris de cours, j'ai appris seul, et aussi dans les battles. Ensuite, j'ai eu envie de m'ouvrir à d'autres styles pour enrichir ma danse et donner des cours. J'ai fait des recherches pour passer un diplôme et je suis tombé sur la Manufacture d'Auriac. Mais je n'avais pas d'argent. Alors j'ai monté un dossier pour obtenir une bourse artistique, que j'ai obtenue pour financer l'école. C'est une école enseignant le contemporain, le jazz et le classique qui m'a permis d'évoluer dans ma danse, mais aussi moralement. Après cela, j'ai voulu voir d'autres façons d'enseigner, voir une autre pédagogie, alors je suis parti sur Toulouse. Niveau artistique, il y a plus de choses à voir, plus de rencontres à faire et aussi plus de travail.





Nous voyons clairement ta détermination à l'idée de devenir professionnel et ton épanouissement dans l'activité. Cependant, quels sont les avantages et les inconvénients du métier ?


Il est difficile de vendre un projet, savoir à qui s'adresser, comment le vendre, savoir comment rentrer dans un réseau. Mais l'avantage du métier c'est de pouvoir librement faire passer le message que l'on souhaite et de vivre son art. L'art pour moi c'est vraiment une porte vers l'imaginaire, c'est un rêve que l'on retranscrit.


En tant que chrétien, quelles difficultés as-tu rencontrées dans ce métier ? Il y a-t-il eu des expériences t'ayant poussé à abandonner ?


Les difficultés sont plus une façon de voir. Les gens dans l'artistique sont plus ouverts à ce qui est spirituel, mais c'est extrêmement dispersé donc très large, il y a beaucoup de croyances, il faut être très vigilants. On doit contaminer l'environnement et non laisser l'environnement nous contaminer, être bien debout sur le "roc". En tant que chrétien, on a nos valeurs et les autres ont leur propre vérité, qui est pour eux LA vérité. Notre défi c'est d'aller vers eux avec amour en les acceptant. Je suis contre le fait de vouloir tout leur montrer, tout gérer, se mettre à la place de Dieu et au final on devient pire qu'eux ! Des expériences m'ayant poussé à vouloir abandonner ? Non pas du tout.


Au sein de l'Église, les avis sont partagés sur la pratique et l'utilisation de la danse, que penses-tu du regard du monde chrétien sur elle ?


Je le trouve assez fermé. Il y a 10 ans en Nouvelle-Calédonie c'était mal vu. L'art en général est très minimisé dans nos églises. Mais au niveau de la danse on peut vraiment faire mieux, laisser plus de place à la danse, lui laisser une porte ouverte. C'est un art qui parle par le corps. Au pays j'ai créé un groupe "Jesus Impact" et ce qu'on voulait c'était vraiment parler de Dieu avec la danse. C'est un groupe qui existe toujours là-bas et je suis heureux de voir une continuité dans ce que j'ai créé.




En parlant de groupe, peux-tu nous décrire la compagnie Kane ?


C'est cette année que Kane a vu officiellement le jour avec "l'homme et l'humain". Kane c'est le prénom de ma mère. Les mamans c'est beaucoup ! C'est elle qui m'a initié à la danse, c'est une manière aussi pour moi de lui rendre hommage. Tout ce que je fais j'ai l'impression qu'elle l'a déjà vécu, qu'il y a une sorte de continuité. Il y a actuellement quatre danseurs qui portent le projet : Claudia, Donacien, Hanna May et moi. Il n'y a pas de style particulier, c'est un mélange de styles. Le but est de parler des thématiques de la vie et de remettre en question des points fondamentaux de la société, exprimer des sentiments sur les choses du quotidien. Je souhaite que les jeunes de la Nouvelle-Calédonie se reconnaissent dans ce que l'on fait et entreprend. Là-bas dans mon quartier il y a beaucoup de délinquance et on veut montrer à travers la danse qu'on peut réussir dans ce qu'on entreprend, on ne peut pas être tous danseurs mais à travers la danse ce que nous voulons dire c'est "tu peux le faire", et dans n'importe quel métier que tu entreprends tant qu'il y a de la patience, de la volonté et de l'envie. C'est donc être un exemple pour la génération.





Création "Instant présent" de la compagnie Kane



Comment pourrais-tu définir ton rapport avec les autres danseurs de la compagnie ?


C'est intéressant la relation avec les autres, j'en apprends beaucoup sur eux, ils me donnent de l'inspiration, il y a une optique de partage intéressante. Il y a des flashs dans ma tête qui arrivent, que je reproduis et qui construisent le spectacle, puis on met des mots sur ces flashs. Les autres ne comprennent pas sur le moment ce que je fais mais c'est ma façon de travailler, et ils me font confiance.


Et pour un tel travail, d'où tires-tu ton inspiration pour l'écriture et les chorégraphies de tes créations ?


Le Seigneur nous dit des choses sur nous et parfois on n'en est pas conscient. Nous sommes remplis d'un vécu par lequel peut-être nos ancêtres sont passés, ou de traits physiques provenant de plusieurs générations avant nous. Certaines choses nous arrivent et on ne sait pas que ce sont des conséquences d'années derrières nous. Nous avons des caractéristiques physiques que nous ne comprenons même pas, et pour moi on ne doit pas minimiser cela, on doit élargir notre champ de vision. Pour Dieu il y a une raison à tout. Au final la pièce raconte quelque chose qui peut parler aux gens et des petits bouts de pièce sont peut-être vécus par une personne en particulier. En gros, je pense que j'ai des flashs me montrant quelque chose qui a peut-être été déjà vécu. Et puis on s'inspire de ce que l'on ressent et ce que l'on ressent ne date pas de maintenant mais de notre enfance. Cela dit, l'inspiration pour mes chorégraphies est un récapitulatif de tout ce que j'ai appris.


Parle-nous de ta dernière pièce "l'homme et l'humain"


Déjà l'objectif de la compagnie est de jeter un regard curieux et sans jugement sur l'homme en général. De nos jours, l'homme est divisé par les polémiques sociétales et la compagnie Kane veut traiter sur l'essence même de la nature de l'homme, en observant ses besoins primaires et en décortiquant ses différentes facettes profondes. Avec cette pièce on veut questionner l'homme avec ses racines, le conduire à comprendre en quoi elles l'affectent dans le monde actuel, quel est sa place et quel est le rapport entre la terre et les racines de l'homme, c'est à dire ses repères culturels, ses habitudes, son éducation. La pièce parle de deux êtres qui ont chacun leur singularité mais qui se réunissent dans une même espèce. L'homme entreprend en fait le voyage qu'il appelle la vie pour découvrir qui il est et pourquoi il existe. Le voyage nous emmène face à l'environnement de l'homme et ses rituels, concepts fictifs et ses délimitations ethniques avec la notion de patrimoine culturel. Ça nous amène à comprendre en quoi cet univers modelé pour diversifier son espèce qui est sensée vivre en communauté, inhibe le potentiel de l'humain et comment les barrières sociétales que l'homme érigent desservent son humanité. La question pour lui c'est qu'est ce que son côté humain peut lui apporter, est-ce quelque chose qui peut l'épanouir et est-ce le bon choix de s'en servir ? Dans la gestuelle de la pièce, des qualités puissantes s'entremêlent, des duos, des soli communiquent entre eux et chaque personne a sa signature propre qui peut s'encastrer dans un mouvement commun. Des fouets sont utilisés comme support rythmique qui vient donner du corps à l'univers de la pièce chorégraphique. La gestuelle va tendre vers un aspect musculaire qui va symboliser l'homme avec son côté charnel.


Image du teaser de "l'homme et l'humain"

Nous voyons en effet au travers de ta danse personnelle une expression et une énergie très fortes, peux-tu justement nous en dire plus ?


C'est vrai qu'il y a beaucoup de force dans ce que je fais, je crois que c'est génétique (rire). Après c'est ma théorie je parlerais d'une force qui me vient d'avant. C'est Dieu qui donne la force et il la donne depuis avant, puis ça se répercute... j'aime ce qui est puissant, qui part de la terre comme un arbre qui part de ses racines, ce "truc" qui parcours le corps et qui sort, je travaille toujours dans la force car j'aime cette sensation.


Pour finir, que peux-tu conseiller à un chrétien qui a dans son coeur le désir de se lancer dans une carrière de danseur ?


Qu'il soit solide avant avec Dieu, avec de bonnes fondations en Lui avant de se lancer. Parce que c'est important de garder ses principes et ne pas se laisser envahir et savoir échanger, avoir une bonne relations avec les autres. Ce n'est pas "j'ai la vérité et vous, vous irez en enfer", il faut être humble. Parfois on juge sans parfois comprendre ce par quoi les gens passent. En tant que chrétien c'est bien d'avoir cette mentalité d'accepter les autres, ensuite ce sera plus facile.


Lien facebook de la compagnie : https://www.facebook.com/Cie-Kane-104216888091274

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