Lien émotionnel et dépendance affective : témoignage de Christelle
- La Parole Chrétienne

- 2 févr. 2021
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Dernière mise à jour : 26 sept. 2024

Je m'appelle Christelle et j'ai 28 ans. Issue d'une famille chrétienne, tous les dimanches nous allions à l'église avec mes parents. J'ai toujours vécu avec cette pensée qu'il fallait faire des choses bien pour être aimé de Dieu. Ma famille avait comme valeur principale l'apparence extérieure. J'ai eu une construction de pensée particulière, dès qu'il m'arrivait quelque chose de positif, j'étais toujours négative par la suite. On était habitués à cela dans ma famille, et vivions comme une peur du bonheur. Je me rends compte que, d'un point de vue extérieur, il y avait juste une impression d'être heureux et unis, ce qui n'était pas la vérité. J'avais en outre l'impression que nous devrions être " parfaits " et maintenir une image de " bons chrétiens ". J'étais énormément attachée à ma mère donc pour moi tout ce qu'elle disait était la vérité. Ainsi, mes choix de vie personnels étaient influencés. Les mots de ma mère me déstabilisaient souvent, et j'ai vécu de nombreuses " montagnes russes émotionnelles " : en effet, j'avais un orgueil surdimensionné qui me poussait à me comparer aux autres. Je me sentais meilleure que les autres. En réalité, je jugeais tout le monde autour de moi sans connaître leur histoire. Voilà comment je vivais ma vie jusqu'à ce que je sois jeune adulte. Depuis petite, cette question me revenait : quelle était ma valeur ? Ma mère avait des paroles très dures et émettait du jugement sur mes relations amoureuses. Je me sentais jugée et " mise dans une case " par ma famille, car je devais correspondre à leurs critères. J'avais cette impression qu'on ne m'aimait pas si je ne rentrais pas dans le moule qui s'était formé autour de moi. Je me posais des questions quant à l'amour de Dieu pour moi car je mettais au même niveau ma relation avec Dieu et celle avec ma famille. Si cette dernière ne m'aimait pas, alors Dieu ne m'aimait pas non plus : j'avais alors l'impression de décevoir et me sentais coupable et honteuse.
Entre-temps, deux rencontres ont secoué ma vie.
"Je me sentais salie et sale"
À 23 ans j'ai traversé une crise de foi, et j'ai rencontré un homme beaucoup plus âgé que moi, qui avait alors 36 ans. Je l'appellerai "Charles" pour conserver son anonymat. Il m'a beaucoup séduite par de nombreux compliments, et il me faisait penser que j'étais " la plus belle ", la " femme de sa vie ", avec beaucoup d'autres belles paroles. Au départ, je cherchais à tester son honnêteté et puis il m'a retourné le cerveau au point que je me suis mise à croire tout ce qu'il me disait. C'était pour moi la vérité. Je ressentais une alerte au fond de moi, je me sentais comme sur une toile d'araignée, comme dans un piège. Finalement, il m'a posé un ultimatum : coucher avec lui ou me faire quitter. Je voulais rester vierge mais je me suis donnée de peur de le perdre. Je cherchais toujours à lui plaire, et je n'osais pas le contredire de peur qu'il ne me laisse. Nos rapports n'étaient d'ailleurs pas protégés et j'avais peur de tomber enceinte. Et au fond de moi-même, je me disais que si jamais cela arrivait, au moins il resterait avec moi. Et puis trois mois après il m'a laissé. Il n'était pas investi dans notre relation et cherchait à profiter de mon physique. Les conséquences de ce choix furent dures, il y a eu beaucoup de tiraillements entre ma foi et lui, beaucoup de sentiments de culpabilité, de honte et un profond manque de pardon envers moi-même. Je n'arrivais pas à m'accepter. Je remettais toute la faute de cette relation toxique sur moi-même et non sur Charles. Je me sentais salie et sale. Je m'en voulais de ne pas m'être écoutée. En ne faisant pas les bons choix que j'entendais au fond de moi, je me suis éteinte dans qui j'étais. J'étais complètement sous l'emprise de Charles, dépendante de lui et de ses envies. Dès que je le voyais, j'avais l'impression que c'était comme un aimant qui m'attirait totalement vers lui et qu'il pouvait faire ce qu'il voulait de moi.
Quelques mois plus tard, Charles m'a envoyé un message en me demandant pardon, car il semblait regretter le mal fait et prétendait s'en vouloir. Cependant, le 1er avril 2015, j'apprends dans le journal que Charles était en prison pour pédophilie. Il avait déjà fait de la prison en 2012 pour la même raison. Il avait des relations sexuelles avec des jeunes filles de 10 à 12 ans et lorsque j'ai lu l'article je me suis complètement retrouvée en ces filles, qui ont toutes dit qu'elles pensaient que c'était " l'homme de leur vie ", qu'elles se sentaient belles et uniques à ses yeux et allaient aux rendez-vous qu'il leur avait passé via les réseaux sociaux. Il avait pu filmer un ébat amoureux avec l'une d'entre elles et le frère d'une copine à cette fille l'a reconnue sur un site pornographique. J'ai toujours espéré qu'il n'avait pas fait cela avec moi à mon insu, et je n'ai pas la réponse à cette question. C'était un homme malsain et toxique. Aujourd'hui j'ose espérer qu'il se fasse suivre profondément, et désire pour lui qu'il puisse guérir de ce mal-être intérieur. Je désire que les victimes de cet homme puissent se porter bien et sortent de tout traumatisme, culpabilité et honte. Car un prédateur du net reste un prédateur si personne ne l'arrête.
Durant la même période, j'ai intégré une société où je suis restée six mois. Là-bas j'y ai rencontré un garçon qui était alors déjà engagé avec une fille depuis dix ans (mais pour qui ses sentiments n'étaient plus existants). Je voyais en lui un homme fidèle et droit et je n'aurais jamais pensé qu'il aurait pu quitter sa relation amoureuse pour moi. Je n'avais pas confiance en moi et je ne savais pas que j'aurais pu lui plaire. On a " joué avec le feu " à travers un jeu de séduction (échanges de mail, on se parlait souvent, se confiait, se draguait). La tentation était forte de finir ensemble. On a fini par sortir ensemble, ce qui l'a amené à se séparer de sa copine.
"je m'étais dit que je laisserais tomber la foi"
Puis je suis partie faire une école biblique en région parisienne pour essayer de me recentrer sur Dieu et creuser pour essayer de trouver mes dernières réponses. Et si je ne trouvais pas, je m'étais dit que je laisserais tomber la foi. Plein de questions me remuaient. J'ai parlé de ma relation au directeur de l'école lors d'un entretien, et il ne m'a pas jugé sur elle, il me disait clairement qu'on ne mélange pas les ténèbres et la lumière, il m'éclairait sur les conséquences de mes choix alors que ma famille me jugeait sans forcément m'expliquer pourquoi ce n'était pas bien. Ensuite, lors d'une soirée, une phrase très claire a résonné dans mon cœur comme une réponse divine : " laisse cette relation, fais-moi confiance et je gère le reste ". J'ai fini par réussir à laisser cette relation, mais la dépendance affective et le lien sexuel étaient tellement forts que je finissais par revenir vers lui à chaque fois que je rentrais dans ma région pour aller voir ma famille. Cela a duré huit mois. Lorsque j'ai décidé de faire ma deuxième année à l'école à Paris, on a décidé tous les deux d'arrêter la relation pour de bon. Cela a été un vrai déchirement, j'avais l'impression de subir une opération à cœur ouvert sans anesthésie. J'ai mis trois ans à " faire le deuil ". Les conséquences de cette relation ont été fortes : une obsession envers un homme qui était démesurée, irraisonnée. La dépendance affective fait oublier qui on est, nos centres d'intérêt, notre sensibilité et notre identité, car il n'y a plus qu'une personne qui compte à nos yeux. On a alors l'impression que tout notre monde s'écroule et qu'on est plus seul que jamais. Et surtout, en donnant et dévoilant tout mon cœur, je me suis sentie vidée et sans valeur. J'avais l'impression que je ne retrouverais plus une personne comme lui et qu'il aurait fini par devenir ce que je voulais qu'il soit. Cela est évidemment faux : on ne peut pas changer une personne. Cette relation avait un impact sur ma foi en Dieu, car il était athée, je lui parlais de Dieu mais me suis rendue compte par la suite que, petit-à-petit, j'avais laissé le Seigneur.
Durant ces deux relations, il y avait toujours d'un autre côté ce contrôle et cette dépendance de ma mère. Quand j'étais avec ces hommes, c'était comme si j'étais moi-même, alors que dans ma famille je n'étais plus moi avec un sourire faux, pour coller au schéma familial. J'avais le sentiment que ma famille ne me connaissait pas et avec ces garçons j'avais l'impression de ne pas être jugée, d'être moi-même.
Pendant l'école biblique j'ai beaucoup appris sur l'amour de Dieu et la dépendance affective. J'étais confuse et avais l'impression que Dieu ne m'aimait pas à cause de mes mauvais choix. On a mis en place un système de prière dans l'école durant la troisième année après une colère que j'ai faite durant laquelle je me suis mise à nue. Et selon Philippiens 3.13,14 " oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ", j'ai décidé de mettre mon passé derrière moi.
J'ai mis du temps mais aujourd'hui j'ai trouvé l'homme qui m'aime réellement et vraiment pour qui je suis, me respecte, m'écoute, me crois, et ça n'a pas de prix. Je vais me marier avec lui dans quelques mois et je ne l'échangerai pas avec un autre homme. Faire le choix de vouloir ce qui est le meilleur pour sa vie et s'entourer de personnes bienveillantes, vraies et respectueuses, c'est essentiel. De telles personnes vous diront la vérité sur votre état et sauront vous aimer pour qui vous êtes. J'étais dans un amour égoïste et une spirale dans laquelle je n'arrivais pas à sortir. Aujourd'hui je suis dans un cercle vertueux où l'amour règne et est toujours plus fort ! Tout cela ne s'est pas passé sans parcours de guérison et restauration de mon cœur qui était blessé, car j'avais une haine des hommes.
Aujourd'hui, j'ai coupé émotionnellement le cordon avec ma mère en me réappropriant mes émotions, et je suis aussi capable de faire mes propres choix sans ma famille. Ma mère a le droit de penser ce qu'elle veut de moi, mais j'ai une identité avec le Seigneur beaucoup plus forte.
Je témoigne de tout cela car je n'ai pas honte de mon passé et je suis fière de sortir de la culpabilité et la honte et d'affirmer la vérité. J'ai envie de vous encourager en disant que vous valez bien plus que vous ne pouvez le croire, que sortir de la dépendance affective est possible avec de l'aide. Ça ne sera pas simple, mais toute guérison et restauration passe par la souffrance et la prise de conscience de l'état dans lequel on se trouve. Vous avez une dignité et une intégrité qui vous est propre et que personne ne peut vous voler. Je veux vous dire aujourd'hui que vous êtes beaux et belles, uniques et avez de la valeur. Ce n'est pas notre passé qui définit notre valeur, ce sont nos choix d'aujourd'hui.
Christelle












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